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Sa voisine est revenue, toute penaude. Elle qui avait décliné l'offre "ridiculement basse" de ce quadragénaire souhaitant lui racheter son petit 2-pièces pour y installer un bureau proche de son domicile a ravalé, six mois plus tard, sa fierté pour tenter de vendre enfin son appartement. Proposé à 240 000 €, ce 37-m2 au 1er étage, donnant sur une cour sombre et souffrant d'une remontée d'odeurs, n'a intéressé, à ce prix, aucun acquéreur, malgré sa situation rêvée au cœur du IIe arrondissement de Paris et sa petite terrasse.
Cette vendeuse un peu trop gourmande n'est pas la seule à déchanter. Le marché immobilier semble, aujourd'hui, trop incertain aux acquéreurs pour qu'ils s'y lancent sans réfléchir. "Ils sentent désormais qu'ils n'ont plus droit à l'erreur et préfèrent se réfugier dans l'attentisme", analyse Joëlle Faou, directrice de l'agence Century 21 Nation, dans le XIIe arrondissement de la capitale.
Une inquiétude pour le moins compréhensible. Car, en dix ans, les prix ont grimpé de 115%, profitant de l'extraordinaire baisse des taux de crédit et de l'allongement de la durée des prêts. Mais après des années de flambée ininterrompue, soutenue par la formidable envie des Français de devenir propriétaires de leur logement, le temps de l'accalmie semble arrivé. "L'euphorie, c'est bien fini, martèle Claude Sadoun, président du Crédit immobilier de France. Le marché va entrer dans un nouvel ajustement." François Drouin, qui dirige le Crédit foncier de France (CFF), est encore plus précis: "L'atterrissage? Mais nous y sommes!"
L'agent immobilier, pourtant rompu aux manies de ses clients, a failli perdre patience: avant d'acheter ce grand 2-pièces situé dans le IVe arrondissement de Paris, à 8 500 € le mètre carré, ce couple d'avocats a demandé à le visiter une bonne vingtaine de fois: le jour, la nuit, accompagné d'amis, d'un premier architecte puis d'un second. Examen finalement réussi. Ce n'est pas toujours le cas, car, depuis quelques mois, de plus en plus d'acquéreurs renoncent à leurs projets. Au dernier moment: "Le moindre problème est prétexte à casser la vente", regrette Nathalie Naccache, directrice de l'agence Fortis Immo (dans le Ier, à Paris). Une nervosité qui se retrouve dans les agences de la capitale comme dans celles de l'Ile-de-France, à Marseille comme à Lille ou à Lyon, avec, selon François Drouin, "des délais de vente qui s'allongent". Après une année 2005 exceptionnelle - 633 000 transactions, selon la Fnaim - les signes de tassement se multiplient, laissant présager un atterrissage souhaité à la fois par certains banquiers, la plupart des professionnels et tous les acquéreurs.
Pour les agents immobiliers, le constat est net: "L'acheteur se fait de plus en plus rare et les annonces ne ''sonnent'' plus", déplore le directeur de l'agence Caraudrey (IVe, à Paris). Tandis que les bureaux de vente ne font souvent pas mieux. Une désertion qui se retrouve dans les statistiques. Ainsi, l'économiste du Crédit agricole Olivier Eluère observe, dans sa dernière étude, une stagnation du volume des ventes dans l'ancien et un freinage dans le neuf. "Le marché est redevenu extrêmement sélectif", souligne Bernard Helme, président de la Fnaim dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Plus question de biens médiocres surpayés, ni de premiers étages sombres au prix de cinquièmes ensoleillés. "Avant, tout le monde achetait n'importe quoi à n'importe quel prix. Ce temps est révolu", affirme Laurence Darmon, directrice de l'Etude des Vosges (dans le IVe, à Paris). Impossible, par exemple, aujourd'hui, de vendre ce 2-pièces proche de la place de la Nation qui offre un Sanibroyeur en guise de toilettes. "Ce n'est même plus une question de prix. Un 50-m2 à 15 000 € le mètre carré place du Panthéon fait moins peur qu'un rez-de-chaussée à 5 000 € le mètre carré porte d'Orléans", explique Stéphane Atlan, directeur des agences Royalimmo de la capitale. A Marseille, les appartements dans les immeubles des années 1970 mal insonorisés ne partent plus.
Mais la preuve intangible de l'inflexion du marché est sans nul doute le ralentissement net de la hausse des prix. Selon la Fnaim, ces derniers n'auraient, en 2005, augmenté "que" de 10,3%, contre 15,5% en 2004. Et cette érosion se poursuit début 2006, selon la même fédération. Sur le terrain, les acquéreurs font de plus en plus d'offres en deçà du prix demandé. "Les négociations sont de retour", confirme Jean-Michel Guérin, directeur général du groupe De particulier à particulier. Les acheteurs sont devenus tellement exigeants qu'ils ne tolèrent plus que les logements impeccables. "Ils ne prennent aucun risque et refusent même d'acheter lorsque la copropriété effectue des travaux", s'étonne Nathalie Naccache. Ainsi, cet appartement à 5 300 € le mètre carré (15% au-dessous du marché) sur les Grands Boulevards n'a pas trouvé preneur à cause du ravalement de l'immeuble. Il n'est pas rare non plus de voir des professionnels demander à leurs clients de rafraîchir leur logement avant de le mettre en vente, ou encore de laver leurs rideaux avant de le faire visiter!
Sa voisine est revenue, toute penaude. Elle qui avait décliné l'offre "ridiculement basse" de ce quadragénaire souhaitant lui racheter son petit 2-pièces pour y installer un bureau proche de son domicile a ravalé, six mois plus tard, sa fierté pour tenter de vendre enfin son appartement. Proposé à 240 000 €, ce 37-m2 au 1er étage, donnant sur une cour sombre et souffrant d'une remontée d'odeurs, n'a intéressé, à ce prix, aucun acquéreur, malgré sa situation rêvée au cœur du IIe arrondissement de Paris et sa petite terrasse.
Cette vendeuse un peu trop gourmande n'est pas la seule à déchanter. Le marché immobilier semble, aujourd'hui, trop incertain aux acquéreurs pour qu'ils s'y lancent sans réfléchir. "Ils sentent désormais qu'ils n'ont plus droit à l'erreur et préfèrent se réfugier dans l'attentisme", analyse Joëlle Faou, directrice de l'agence Century 21 Nation, dans le XIIe arrondissement de la capitale.
Une inquiétude pour le moins compréhensible. Car, en dix ans, les prix ont grimpé de 115%, profitant de l'extraordinaire baisse des taux de crédit et de l'allongement de la durée des prêts. Mais après des années de flambée ininterrompue, soutenue par la formidable envie des Français de devenir propriétaires de leur logement, le temps de l'accalmie semble arrivé. "L'euphorie, c'est bien fini, martèle Claude Sadoun, président du Crédit immobilier de France. Le marché va entrer dans un nouvel ajustement." François Drouin, qui dirige le Crédit foncier de France (CFF), est encore plus précis: "L'atterrissage? Mais nous y sommes!"
L'agent immobilier, pourtant rompu aux manies de ses clients, a failli perdre patience: avant d'acheter ce grand 2-pièces situé dans le IVe arrondissement de Paris, à 8 500 € le mètre carré, ce couple d'avocats a demandé à le visiter une bonne vingtaine de fois: le jour, la nuit, accompagné d'amis, d'un premier architecte puis d'un second. Examen finalement réussi. Ce n'est pas toujours le cas, car, depuis quelques mois, de plus en plus d'acquéreurs renoncent à leurs projets. Au dernier moment: "Le moindre problème est prétexte à casser la vente", regrette Nathalie Naccache, directrice de l'agence Fortis Immo (dans le Ier, à Paris). Une nervosité qui se retrouve dans les agences de la capitale comme dans celles de l'Ile-de-France, à Marseille comme à Lille ou à Lyon, avec, selon François Drouin, "des délais de vente qui s'allongent". Après une année 2005 exceptionnelle - 633 000 transactions, selon la Fnaim - les signes de tassement se multiplient, laissant présager un atterrissage souhaité à la fois par certains banquiers, la plupart des professionnels et tous les acquéreurs.
Pour les agents immobiliers, le constat est net: "L'acheteur se fait de plus en plus rare et les annonces ne ''sonnent'' plus", déplore le directeur de l'agence Caraudrey (IVe, à Paris). Tandis que les bureaux de vente ne font souvent pas mieux. Une désertion qui se retrouve dans les statistiques. Ainsi, l'économiste du Crédit agricole Olivier Eluère observe, dans sa dernière étude, une stagnation du volume des ventes dans l'ancien et un freinage dans le neuf. "Le marché est redevenu extrêmement sélectif", souligne Bernard Helme, président de la Fnaim dans la région Provence-Alpes-Côte d'Azur. Plus question de biens médiocres surpayés, ni de premiers étages sombres au prix de cinquièmes ensoleillés. "Avant, tout le monde achetait n'importe quoi à n'importe quel prix. Ce temps est révolu", affirme Laurence Darmon, directrice de l'Etude des Vosges (dans le IVe, à Paris). Impossible, par exemple, aujourd'hui, de vendre ce 2-pièces proche de la place de la Nation qui offre un Sanibroyeur en guise de toilettes. "Ce n'est même plus une question de prix. Un 50-m2 à 15 000 € le mètre carré place du Panthéon fait moins peur qu'un rez-de-chaussée à 5 000 € le mètre carré porte d'Orléans", explique Stéphane Atlan, directeur des agences Royalimmo de la capitale. A Marseille, les appartements dans les immeubles des années 1970 mal insonorisés ne partent plus.
Mais la preuve intangible de l'inflexion du marché est sans nul doute le ralentissement net de la hausse des prix. Selon la Fnaim, ces derniers n'auraient, en 2005, augmenté "que" de 10,3%, contre 15,5% en 2004. Et cette érosion se poursuit début 2006, selon la même fédération. Sur le terrain, les acquéreurs font de plus en plus d'offres en deçà du prix demandé. "Les négociations sont de retour", confirme Jean-Michel Guérin, directeur général du groupe De particulier à particulier. Les acheteurs sont devenus tellement exigeants qu'ils ne tolèrent plus que les logements impeccables. "Ils ne prennent aucun risque et refusent même d'acheter lorsque la copropriété effectue des travaux", s'étonne Nathalie Naccache. Ainsi, cet appartement à 5 300 € le mètre carré (15% au-dessous du marché) sur les Grands Boulevards n'a pas trouvé preneur à cause du ravalement de l'immeuble. Il n'est pas rare non plus de voir des professionnels demander à leurs clients de rafraîchir leur logement avant de le mettre en vente, ou encore de laver leurs rideaux avant de le faire visiter!
Sa voisine est revenue, toute penaude. Elle qui avait décliné l'offre "ridiculement basse" de ce quadragénaire souhaitant lui racheter son petit 2-pièces pour y installer un bureau proche de son domicile a ravalé, six mois plus tard, sa fierté pour tenter de vendre enfin son appartement. Proposé à 240 000 €, ce 37-m2 au 1er étage, donnant sur une cour sombre et souffrant d'une remontée d'odeurs, n'a intéressé, à ce prix, aucun acquéreur, malgré sa situation rêvée au cœur du IIe arrondissement de Paris et sa petite terrasse.
Cette vendeuse un peu trop gourmande n'est pas la seule à déchanter. Le marché immobilier semble, aujourd'hui, trop incertain aux acquéreurs pour qu'ils s'y lancent sans réfléchir. "Ils sentent désormais qu'ils n'ont plus droit à l'erreur et préfèrent se réfugier dans l'attentisme", analyse Joëlle Faou, directrice de l'agence Century 21 Nation, dans le XIIe arrondissement de la capitale.
Une inquiétude pour le moins compréhensible. Car, en dix ans, les prix ont grimpé de 115%, profitant de l'extraordinaire baisse des taux de crédit et de l'allongement de la durée des prêts. Mais après des années de flambée ininterrompue, soutenue par la formidable envie des Français de devenir propriétaires de leur logement, le temps de l'accalmie semble arrivé. "L'euphorie, c'est bien fini, martèle Claude Sadoun, président du Crédit immobilier de France. Le marché va entrer dans un nouvel ajustement." François Drouin, qui dirige le Crédit foncier de France (CFF), est encore plus précis: "L'atterrissage? Mais nous y sommes!"
L'agent immobilier, pourtant rompu aux manies de ses clients, a failli perdre patience: avant d'acheter ce grand 2-pièces situé dans le IVe arrondissement de Paris, à 8 500 € le mètre carré, ce couple d'avocats a demandé à le visiter une bonne vingtaine de fois: le jour, la nuit, accompagné d'amis, d'un premier architecte puis d'un second. Examen finalement réussi. Ce n'est pas toujours le cas, car, depuis quelques mois, de plus en plus d'acquéreurs renoncent à leurs projets. Au dernier moment: "Le moindre problème est prétexte à casser la vente", regrette Nathalie Naccache, directrice de l'agence Fortis Immo (dans le Ier, à Paris). Une nervosité qui se retrouve dans les agences de la capitale comme dans celles de l'Ile-de-France, à Marseille comme à Lille ou à Lyon, avec, selon François Drouin, "des délais de vente qui s'allongent". Après une année 2005 exceptionnelle - 633 000 transactions, selon la Fnaim - les signes de tassement se multiplient, laissant présager un atterrissage souhaité à la fois par certains banquiers, la plupart des professionnels et tous les acquéreurs.
Un atterrissage en douceur ou brutal ?
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L'atterrissage est donc inéluctable et proche. En douceur pour les uns, brutal pour les autres. Déjà, la stagnation s'accompagne, selon un expert, de vraies baisses de prix dans l'ancien. Paris, la proche banlieue et des villes comme Chambéry, étudiée par le CFF, en témoignent. L'entêtement des vendeurs leur réussit de moins en moins. «Le manque de lucidité se paie cher», affirme Christophe Boulet, citant l'exemple de ce studio proposé à 250 000 € qui est finalement parti, quelques mois et désillusions plus tard, à 180 000 €. «Les prix pourraient baisser de 30 à 40% sur cinq ans», avait déclaré Jean-Michel Guérin le 3 janvier sur RTL. Cette estimation impressionnante, qui a créé la polémique, n'est peut-être pas si fantaisiste que cela. Alain Dinin parie lui aussi sur une décrue de l'ancien de l'ordre de 10 à 15%.
Ce retour à la réalité peut-il annoncer un violent retournement (voir l'interview ci-dessus)? Le scénario n'est possible que si les taux remontent de 2 ou 3 points ou si un événement extérieur intervient. Il semble, à l'heure actuelle, peu probable. Ce qui n'exclut pas «un atterrissage franc», selon Claude Sadoun. Ce qui est sûr, en tout cas, c'est que l'immobilier, déconnecté depuis dix ans de l'activité économique du pays, va recouvrer sa vraie place, et les Français pourront reprendre le chemin des agences. Et ce quadragénaire, aujourd'hui dépité, pourra peut-être demain s'offrir le petit 2-pièces à Paris dont il a besoin…
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